Demeures d'écrivains
L'Ille-et-Vilaine, terre de plumes
De nombreux auteurs et autrices ont marqué l'Ille-et-Vilaine de leur empreinte littéraire. Certains y sont nés, d'autres y ont habité, beaucoup s'en ont inspiré. Le territoire bretillien est jalonné de ces demeures d'écrivains : manoirs, châteaux, villas... Ces plumes du cru ou d'adoption ont immortalisé ces lieux qu'ils ont chéris, parfois jusqu'à la fin de leurs jours. Visite guidée romanesque de ces maisons d'écrivains chargées d'Histoire.
ROZ VEN, l'EDEN DE COLETTE
Vue de la maison de la plage de Roz Ven à Saint Coulomb.
Sur le chemin pentu qui plonge jusqu'à la mer, bordé par la plage de la Touesse, pas "de blé en herbe". C'est pourtant bien à Saint-Coulomb que Colette (1873-1954) coucha sur le papier les plus belles pages de son roman, édité en 1923.
Dans son roman "le blé en herbe", deux adolescents font la découverte de l’amour dans une maison de vacances louée par leurs familles au bord de la mer, près de Saint-Malo… Une ressemblance toute sauf fortuite.
"Roz Ven est plus qu’un décor. Elle est un personnage de roman"
Portrait de Colette - Licence Creative commons
Invisible depuis le sentier, dissimulée dans la verdure, l’ancienne maison de l’écrivaine ouvre grand vers le large. En 1910, Colette l’acquit grâce à sa compagne de l’époque, la marquise de Morny - à qui la propriétaire des lieux refusait la vente car celle-ci s’habillait en homme.
"Colette entretenait une relation sensuelle avec Roz Ven, en communion totale avec ses paysages", éclaire Samia Bordji, directrice du musée Colette à Saint-Sauveur-en-Puisaye. "Elle se baignait par tous les temps. Elle pêchait. Elle adorait les tempêtes. L’été, elle se faisait bronzer à même le sable. Ce qui était jugé inconvenant. À l’orée de la cinquantaine, Colette se sentait renaître, plus libre et épicurienne que jamais grâce à son petit paradis breton."
Courte mais intense, la passion de Colette pour Roz Ven prit fin avec son troisième mari qui détestait la Bretagne. La villa fut vendue en 1927 et Colette partit s’installer… à Saint-Tropez !
Aujourd'hui propriété privée, la maison surplombe des dunes garnies d'oyats et de plantes sauvages, formant un espace naturel remarquable protégé par le Département.
L'HOTEL DE BLOSSAC, BERCEAU DE PAUL FEVAL
C'est en centre-ville de Rennes, au deuxième étage d'un hôtel particulier que naquit Paul Féval (1816 -1887), auteur du roman de cape et d'épée Le Bossu. Si l'écrivain vécut à Paris et fut enterré à Montparnasse, c'est bien dans la capitale bretonne qu'il vit le jour, comme en témoigne la plaque commémorative placée à l'entrée de l'Hôtel de Blossac.
La plaque commémorative placée à l'entrée de l'Hôtel de Blossac à Rennes où est né l'écrivain Paul Féval.
Un père conseiller à la Cour d’appel, une mère de noblesse bretonne, Paul Féval vécut avec ses cinq frères et sœurs dans un appartement digne de son rang, mais loin des fastes de ses premiers occupants.
Classé Monument historique en 1947, entièrement restauré, l’hôtel de Blossac appartient à l'État depuis 1982. Les bureaux de la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) et du Service territorial de l'architecture et du patrimoine (STAP) ont remplacé les appartements.
Parce que l’hôtel est un bâtiment public, il est possible de pénétrer en journée dans la cour, de jeter un œil aux jardins, aux anciennes écuries et à l’escalier d’honneur, encadré de belles colonnes de marbre rose.
LE CHATEAU DES ROCHERS DE MADAME DE SEVIGNE
La carrière épistolaire de Madame de Sévigné (1626 -1696) débuta au château des Rochers-Sévigné à Vitré.
Marquise devenue reine de la correspondance, Madame de Sévigné a 1500 lettres connues à son actif. Plume prolixe, elle en rédigea 297 depuis sa résidence champêtre de Vitré, la quasi-totalité de ces missives étant adressées à sa fille.
« C’est ici que débuta sa carrière épistolaire », confirme Véronique Kahn, guide conférencière au château. Celui-ci appartenait à son époux. « Madame de Sévigné vint y surmonter le chagrin causé par le départ de sa fille dans la Drôme. Louis XIV ne la portait pas dans son cœur. À Vitré, elle pouvait vivre libre, loin de la cour hypocrite. Veuve, noble et riche, en profitant du produit de ses terres ».
Madame de Sévigné aimait se promener seule dans l'immense parc boisé entourant le manoir gothique édifié au XVème siècle, sur une colline portant son nom. La marquise a même baptisé les allées du parc. "L'humeur de ma fille", "l'allée des ivrognes", chaque allée a son histoire.
Habité par des descendants de la famille, le château des Rochers-Sévigné est ouvert à la visite guidée uniquement.
Un musée retrace la vie de son illustre propriétaire. Parmi ses nombreux portraits, mobiliers et objets, figure un étonnant pot de chambre en porcelaine – le Bourdaloue – employé pour endurer les messes à rallonge…
Le parcours de la visite mène à l’Orangerie puis à la chapelle en traversant les jardins à la française dessinés par Le Nôtre, avant de grimper dans la tour qui abrite un cabinet d’écriture.
CHATEAUBRIAND : UNE JEUNESSE ROMANTIQUE ENTRE COMBOURG ET SAINT-MALO
Châteaubriand passa une partie de sa jeunesse au château de Combourg.
François-René de Châteaubriand naît en 1768 à Saint-Malo, précisément au numéro 3 de la rue...Châteaubriand. Ancienne maison d'armateur, l'hôtel de la Gicquelais ne se visite pas, mais le blason et la devise de la famille "mon sang a teint les bannières de France" ornent la façade de la cour voisine.
Autre lieu d'Ille-et-Vilaine qui marqua la vie et l'oeuvre de Châteaubriand : le château de Combourg avec son grand parc à l'anglaise. Châteaubriand y passa douze ans d’une jeunesse rêveuse, morne et solitaire, peuplée de fantômes, immortalisée dans ses « Mémoires d’outre-tombe ».
Et pour voir la dernière demeure de l'écrivain, il faut se rendre au Grand Bé dans la cité malouine où il est enterré.
LES ILLUSTRES VISITEURS DU CHATEAU DE LA BALLUE
Château de la Ballue - Kotomi-Flickr - Licence creative commons
À Bazouges-la-Pérouse, vous pouvez dormir dans le lit de Honoré de Balzac, Alfred de Musset ou encore Victor Hugo, tous passés par le château de la Ballue, du XVII ème siècle. Ces écrivains appréciaient les magnifiques jardins à la française surplombant la vallée du Couesnon.
📷 Jérôme Sevrette 📷