Bulle de plaisir : immersion familiale
Des parents et enfants accompagnés par le Centre départemental d’action sociale de Fougères ont expérimenté en duo la plongée sous-marine.
Des parents et enfants accompagnés par le Centre départemental d’action sociale de Fougères ont expérimenté en duo la plongée sous-marine.
Anne Cornen, référente en action éducative à domicile et pratiquante de plongée sous-marine.
Sous l’eau, nos sens sont chamboulés. Le poids du corps s’efface, la respiration est sonore, la communication est exclusivement non-verbale. Parfois surnommé « le monde du silence », l’univers sous-marin a paradoxalement libéré la parole entre certains parents et leurs enfants. Anne Cornen, référente en action éducative à domicile et pratiquante de plongée sous-marine est à l’initiative de cette action, qu’elle a porté avec Catherine Termeau.
« C’était un projet que j’avais en tête depuis un moment. La plongée sous-marine c’est l’accès à un monde en 3 dimensions, un monde où la communication est forcément autre, puisqu’on ne peut pas parler, on doit communiquer avec les gestes, avec le regard, c’est aussi une superbe occasion de dépassement de soi », explique-t-elle.
Selon une étude menée par la Fédération française d’études et de sports sous-marins, l’activité favorise le développement de l’enfant sur le plan psychomoteur, via la découverte de sensations nouvelles et la liberté de mouvement. Au niveau de la socialisation, la plongée aide à l’apprentissage des règles, à la prise d’autonomie. La plongée favorise aussi l’entraide, car dans une « palanquée », pas de personnes isolées.
Accessible dès 8 ans, les baptêmes de plongée ne nécessitent pas de savoir nager et en fonction des possibilités de chacun, si l’appréhension est trop forte, les baptêmes peuvent se faire à la surface de l’eau. Après une première action en 2023, les professionnelles du CDAS ont proposé à des familles bénéficiant d’une aide éducative à domicile des baptêmes de plongée en duo ou en trio au centre Aquatis de Fougères. Huit adultes et 11 enfants ont répondu présents.
Guillaume est venu avec sa fille Maxine, 9 ans. « Au Cdas on m’en a parlé, et je me suis dit je vais venir c’est l’occasion de faire une activité avec ma fille ». Maxine a hâte « je suis déjà allée à l’école à la piscine et avec toi papa, je ne suis pas stressée, j’ai pas peur ».
Aurélie est venue avec son fils de 10 ans, Clyde. « Il adore l’eau mais on n’a pas forcément eu l’occasion de venir, je suis très contente de pouvoir participer, j’ai fait beaucoup de natation et la plongée bouteille, je trouve ça très intriguant ça m’intéresse beaucoup », confie-t-elle.
Pour le papa de Romain, c’est l’occasion de faire une activité en extérieur et en famille. « C’est bien de faire ça plutôt que d’être sur les écrans, on vient souvent ici, j’essaye de faire des activités dehors avec eux, du vélo etc… ».
Réunis sur le bord du bassin, les participants écoutent le « briefing » de Manuel, le directeur de plongée du jour. En face d’eux, Bernard, Bruno, Arnaud, Michel, Brice et Yves, encadrants diplômes, alignés au bord de la piscine, sont prêts à les initier au monde subaquatique. « On n’est pas en mode commando, on est là pour vous accompagner, pour vous faire plaisir, dites-nous vos inquiétudes, on est là pour vous tenir la main, le bras si besoin », rassure Manuel. Après quelques explications sur l’équipement, les palmes, le scaphandre et son fonctionnement, Manuel explique les gestes de base pour communiquer sous l’eau. « Chacun aura son moniteur personnel, si quoi que ce soit vous dérange, vous nous faites un petit signe et on remonte en surface », poursuit-il.
Sur les gradins en carrelage, l’appréhension est palpable. « Moi, j’ai peur ! », lance Clyde. Michel le rassure. Manuel précise : « On ne saute pas dans l’eau, vous allez voir c’est assez naturel bizarrement et c’est en douceur, c’est l’eau qui vous porte ».
Moniteurs diplômés, les membres du Club Subaquatique de Fougères, sont venus bénévolement encadrer les familles.
Du côté de Samia, 11 ans, aucune inquiétude, la jeune fille a déjà pu participer à l’activité en 2023. « J’y étais allée avec mon beau-père j’avais eu un tout petit peur avant, mais j’avais adoré, dans l’eau je me suis sentie libre, j’ai trop envie d’y retourner, j’adore les sensations, j’ai l’impression d’être dans un autre univers… », raconte-t-elle. Cette année, la jeune fille est venue avec sa mère. « Elle a peur, mais je lui ai dit, si je peux le faire, toi aussi tu peux le faire ! ». Des encouragements qui donnent de l’énergie. « Je devais le faire l’année dernière, mais je me suis luxée l’épaule, ça m’arrangeait un peu…En fait j’ai une grande peur des peurs, j’ai peur de la route, de l’eau, du feu… Je suis contente déjà qu’on passe en deuxième ».
"Elle a peur, mais je lui ai dit, si je peux le faire, toi aussi tu peux le faire..."
Manuel accompagne Selyan, 8 ans qui a des difficultés à garder le détendeur en bouche. « Courage, allez le baptême ça commence toujours comme ça, t’es déjà un vrai plongeur, regarde papa il est juste en dessous de toi ». Arnaud, moniteur de plongée, est à côté d’eux.
Moments de complicité et shooting photo subaquatique
"L’intérêt pour les parents et les enfants, c’est déjà de partager quelque chose ensemble, c’est comme cela que l’on construit des histoires de familles", estime Arnaud. "Nous avons aussi à cœur de faire découvrir cette activité, de démocratiser cette pratique qui peut être perçue comme réservée à des privilégiés".
La plongée permet de mettre parents et enfants sur un pied d’égalité, tout le monde doit dépasser ses peurs"
De retour à la surface, la première palanquée a le sourire. « C’est étrange comme sensation, au début, j’avais le réflexe de l’apnée et je réfléchissais beaucoup et après je me suis détendue. Je rêvais d’en faire à l’époque c’était très intéressant comme expérience », raconte Aurélie, la maman de Clyde.
Diplôme en poche pour Clyde !
Maelys et sa maman Enorah ont réussi à se rejoindre au fond de l'eau.
« Au début, j’avais l’instinct de respirer par la bouche, j’ai eu du mal le temps que la transition se fasse et que mon cerveau se dise "ok je peux respirer sous l’eau", je partais un peu dans tous les sens, j’avais du mal à me stabiliser », raconte Enorah, la maman de Maelys.
« Ma fille m’a épatée, elle était extrêmement à l’aise elle a tout lâché très rapidement, c’était vraiment un moment unique, une belle expérience, tu vois j’ai réussi à le faire ». « Je suis fière de toi », lui répond sa fille, les yeux emplis d’affection.
Pour Marine la maman de Samia, l’expérience était « trop géniale ». « Au début, j’ai un peu paniqué, mais Bernard le moniteur était vraiment très rassurant. J’ai réussi à aller au fond de l’eau et à écrire « je t’aime » sur l’ardoise à ma fille. Je leur ai montré à ma famille que j’étais pas une mauviette ! Je le referais avec plaisir sans hésitation », affirme-t-elle en regardant avec complicité sa fille Samia.
J’ai réussi à aller au fond de l’eau et à écrire « je t’aime » sur l’ardoise pour ma fille.
Pour Lynam, facile d'être à l'aise sous l'eau.
Pour Anne Cornen, le pari est réussi. « Tout le monde s’est dépassé, il s’est vraiment passé beaucoup de choses sous l’eau, des jeux, des échanges, ce qui est précieux pour ces familles dans lesquelles la communication n’est pas toujours évidente. Et il y a eu également beaucoup de soutien entre les familles qui ne se connaissaient pas, c’est important ce savoir-être, être capable de créer du lien avec des personnes qu’on ne connait pas… ».
Chef de file des solidarités, le Département est aux côtés des familles, de la toute petite enfance avec un soutien à la parentalité au sein des services de la Protection Maternelle et Infantile (PMI), mais aussi après grâce à un accompagnement ciblé au sein des Centres départementaux d'action sociale et des agences départementales. À l'image de "Bulle de plaisir", de nombreuses actions collectives sont organisées sur tout le territoire.